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 Équinoxe

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Narcisse

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Date d'inscription : 10/09/2008

MessageSujet: Équinoxe   Ven 12 Sep - 21:24

Équinoxe
Premier manuscrit romancier de Narcisse


CHAPITRE PREMIER

Irlande, 1794


Le soleil chaud de l'après-midi déclinait lentement, sa surface à la chaleur de plomb, miroitante et lumineuse, se fondant dans les couleurs pâles du ciel, devenant stries et lignes comme dans le tableau d'un peintre au pinceau nerveux et saccadé. L'astre s'était presque camouflé derrière la lande irlandaise, une lande à la robe d'un vert tendre, émeraude, renvoyant ses derniers rayons sur la terre nourricière. La course folle de l'astre solaire avait teinté le paysage d'une lumière orangée, diffuse, accentuée par les couleurs fauves des arbres. L'automne était déjà bien entamé en Irlande et les feuilles des arbres s'étaient recouvertes de grenat, d'ambre et de doré, s'enroulant dans un linceul de couleurs chatoyantes pour ensuite mourir en hiver. C'était donc dans ce paysage qu'évoluaient la plupart des paysans irlandais. Accoutumés à leurs terres, esclaves des rythmes circadiens, fils de leur patrie, cultivateurs et fils de cultivateurs aidant la terre à enfanter, étant chaque jour les sages femmes de cette Gaïa nourricière. Les moissons approchaient, signe que la terre avait assez donné à ses enfants, signe que le terrible et impitoyable hiver approchait. Bientôt, il rendrait la terre stérile, froide ; il ferait trembler même les plus habillés dans leur chaumière, serait source de mort, de désolation. Mais, le temps n'était pas à l'appréhension, les récoltes devaient être faites et la nourriture conservée pour le long hiver à venir. Alors que les hommes étaient occupés à récolter les fruits de leur dur labeur, les femmes étaient enfermées dans les maisonnées, préparant la nourriture à être conservée, s'affairant derrière les fourneaux et les feux de bois pour sécher la viande et la saler. Cette journée là, comme les autres, était animée par les travaux reliés à la moisson annuelle et ce n'était que lorsque la nuit était tombée que l'on pouvait prendre quelques instants de repos. Alors, on voyait s'élever des chaumières aux murs blancs de chaux, une fumée épaisse et partout dans la lande irlandaise, une odeur de bois brûlé dans une cheminée et, parfois, une musique joyeuse réchauffant les cœurs.

La vie dans le comté de Kerry était également ponctuée de musique, de travail acharné et Liam Lochlainn le savait mieux que personne. Le patriarche de la famille était agriculteur et possédait quelques lopins de terre. Ces parcelles de terre avaient assuré la pitance de plusieurs ancêtres et semblait, aujourd'hui, s'être transformé en un vaste champ de stérilité. Ayant bâti la demeure familiale sur cette terre froide et aride, celle-ci fumait davantage en cette froide journée de septembre. Étendue de tout sur long sur le petit lit à la monture de bois patiné, une jeune femme dormait. Ses cheveux aux teintes chaudes coulaient sur ses épaules comme une rivière de chocolat, contrastant avec la chemise crème qui se soulevait et s'affaissait à chaque respiration de la léthargique. Elle possédait un visage façonné, aux traits ronds et harmonieux, des lèvres pleines dont la supérieure était légèrement plus mince que l'inférieure. Une ombre passa devant son visage apaisé faiblement éclairé par la lumière d'un feu de bois. La femme se fraya un chemin jusqu'à la source de chaleur de la chaumière et y déposa un chaudron en fonte remplit d'eau avant de se retourner vers la dormeuse avec un soupir exaspéré.

- Camilla !

Tressaillement, soupir, bâillement, mais la dormeuse ne se réveilla pas. Les mains sur les hanches, la matriarche ressemblait en tout point à sa fille qui était étendue en proie à un sommeil profond.

- Camilla !

Cette fois, le cri était beaucoup plus ferme, trahissant un agacement prononcé. La jeune dormeuse ouvrit les yeux presque aussitôt et fusilla sa mère du regard. Se redressant en position assise, elle s'étira brièvement et haussa les épaules devant le regard désapprobateur de sa chère mère.

- Camilla, combien de fois t'aies-je dit d'aller porter ce sceau d'eau à ton frère aux champs ?

Résignée, la dénommée Camilla se leva, empoigna le sceau que lui tendait sa mère et sortit de la chaumière. Aussitôt la porte passée, le vent s'engouffra dans ses jupes et fit danser ses cheveux bruns dans l'air glacé de l'automne. Camilla aimait cette saison, même si celle-ci présageait un hiver rude et difficile. De voir les arbres changer de couleur, se parer de tant d'éclat ne pouvait que lui inspirer la vie. C'était à l'automne que Camilla prenait conscience de la vie dont la terre était habitée. Les herbes hautes et jaunies par le soleil lui chatouillaient les mollets et quelques mèches aériennes venaient se coller devant ses yeux, mèches qu'elle délogeait du revers de la main avec un grognement rageur. Elle approchait des champs, apercevant déjà son frère qui formait une tache blanche dans le paysage fauve de la lande irlandaise. Il était occupé à couper du bois qui servirait au chauffage de la maisonnée durant l'hiver et, très concentré et absorbé par sa tâche, ne s'était même pas rendu compte que sa sœur s'était glissée derrière lui. D'un geste prompt, Camilla lui pinça une côte et il sursauta, laissant tomber sa hache sur le sol. Il se retourna lentement vers sa sœur, la fusilla du regard. Pourtant, son expression froide se transforma rapidement en un air amusé et il se rua sur sa sœur pour faire pianoter ses doigts sur ses côtes, ce qui résulta en éclats rire incontrôlables des deux protagonistes qui s'adonnaient à ce jeu fraternel. Complètement haletants, ils s'arrêtèrent et s'échouèrent dans l'herbe tendre dans un soupir.

- Mère m'a envoyée te porter de l'eau. Tu dois être complètement déshydraté.

Le jeune homme se retourna vers sa sœur, une lueur bienveillante brillant au fond de ses yeux verts. Il se surpris à détailler sa sœur comme si c'était la première fois qu'il la voyait. Elle était sa copie conforme féminine, mis à part les yeux. Camilla était la seule enfant Lochlainn à avoir des yeux noisettes mouchetés de petites graines ambrées. Elle le regarda à son tour, plongeant son regard dans celui de son frère.

- Tu as peur, mo deirfiúr ?

La lueur pétillante habituelle de son regard fauve s'éteignit et ses lèvres tombèrent, signe qu'elle était contrainte.

- Bien sûr que j'ai peur, Declan.

Il comprenait très bien sa sœur et il se rapprocha d'elle, sans la toucher, seulement pour lui montrer qu'il était à proximité. Camilla sentit la douce chaleur émaner du corps de son frère et elle se blottit contre lui, lova sa tête contre les puissants pectoraux de Declan.

- Console-toi, Camilla. Il est gentil, non ?

- Je ne veux pas l'épouser. Je ne ressens rien pour lui et je suis certaine que ma vie n'est pas avec lui.

- Sois raisonnable, ma belle. Je sais très bien que tu ne veuilles pas te promettre à lui et jamais je ne t'y aurais forcée, mais tu as dix-neuf ans et même si mère et père auraient voulu te voir engagée dès l'âge de seize ans, ils t'ont laissé ce sursis.

Camilla avait parfaitement conscience que son frère disait vrai et qu'elle faisait des caprices. Sa sœur, Nora, qui était de deux ans sa cadette, était déjà mariée et attendait un enfant de cette union. Le fait d'être enchaînée à un homme pour le restant de ses jours, condamnée à enfanter comme une machine des enfants qui seraient également condamnés à suivre un chemin déjà tout tracé ne l'encourageait guère. Camilla avait toujours voulu se rendre en Angleterre, voir les merveilles de ce monde, quitter l'Irlande pour voir ce qui se trouvait derrière les frontières de cette île recluse. Camilla était une jeune femme très idéaliste, imaginative et avait passé son enfance dans les romans qui nourrissaient son envie d'aventure.

Declan était déjà debout et lui tendait la main pour l'aider à se relever. Elle accepta volontiers cette aide et se releva. Declan acheva de couper le petit bois de chauffage, avala une lampée d'eau à même le sceau. Il s'empara de quelques bûches qu'il attacha à l'aide d'une ficelle et hissa son butin sur son dos aux muscles proéminents. La nuit était déjà tombée depuis peu et le vent s'était levé. Une fumée grise s'élevait déjà de la cheminée de pierre et la maisonnée, déserte le jour, s'était remplie. Une odeur de mouton et de pain frais se répandait dans l'air. Il était temps de rentrer pour calmer sa faim.

- Rentrons.

Declan embrassa sa sœur sur le front et ils prirent ensemble la direction de la chaumière.


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